Quel est le meilleur anti-inflammatoire : le curcuma ou la curcumine? | Botanica

Quel est le meilleur anti-inflammatoire : le curcuma ou la curcumine?

Charity Parkinson Cl.H., H.N.C.

Dans à peu près tous les magasins d’aliments naturels, on trouve généralement une tonne de produits au curcuma et à la curcumine alignés sur les rayons. Même si bien des personnes savent que les deux sont liés (comme leur nom l’indique), il reste un grand flou sur le choix à privilégier entre l’un et l’autre pour un usage anti-inflammatoire.

Lien entre le curcuma et la curcumine

Le curcuma, ou Curcuma longa, est riche en composés de toutes sortes (collectivement appelés composants), dont fait partie la curcumine. Cette dernière, probablement la mieux connue d’entre tous, se retrouve dans le rhizome et lui donne sa coloration jaune si intense. (Les autres composants moins connus mais bénéfiques de cette plante comprennent la déméthoxycurcumine, la bis-déméthoxycurcumine, la turmérine, la turmérone, l’élémène, le furanodiène, la curdione, la bisacurone, la cyclocurcumine, la calebine A et la germacrone, pour n’en citer que quelques-uns.)

Historique

La « racine » de curcuma (ou plutôt son rhizome) s’utilise depuis des milliers d’années en Inde, souvent sous forme de poudre ajoutée aux recettes de cari ou à une boisson appelée « lait doré ». Les yogis avaient l’habitude de s’en servir pour augmenter leur souplesse et maintenir leur santé articulaire en vieillissant. Et les praticiens de l’ayurveda (médecine traditionnelle indienne) l’utilisaient coutumièrement comme purificateur du sang, contre les infections, les problèmes de foie et de digestion, pour améliorer la fécondité et, plus particulièrement, en cas de douleur et d’inflammation.

 

Avantages

Le curcuma fait l’objet d’étude en tant que traitement pour différents certains troubles de santé parmi les plus communs de nos jours au sein de la population. Selon l’état actuel de la recherche, il semble que le curcuma soit utile dans différents cas de pathologie inflammatoire, notamment l’arthrite, les maladies du cœur, le diabète, les maladies auto-immunes, le cancer, la maladie d’Alzhei mer, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et des problèmes de peau, entre autres.

En tant que phytothérapeute clinicienne, je n’hésite aucunement à dire que le curcuma fait partie des plantes médicinales qui méritent toute l’attention accordée; cependant, il faut savoir qu’il en existe différentes formes sur le marché et que cela occasionne une certaine confusion.

Différentes formes

Il existe essentiellement deux formes principales de suppléments au curcuma, dont l’une englobe les préparations faites à partir du rhizome intégral, qui comprennent tous les composants naturellement présents dans la plante. L’autre forme consiste en extraits isolés du curcuma, qui comportent un seul des composés existant dans le rhizome.

Extraits de curcumine

Jusqu’à présent, les recherches se sont surtout concentrées sur la curcumine, en tant que composé le plus important se trouvant dans le rhizome de curcuma. Cependant, une fois isolé, ce composé s’absorbe très difficilement. Par conséquent, certains produits comprennent un corps gras (plus précisément un phospholipide) lié à l’extrait de curcumine, pour l’aider à mieux s’absorber dans les cellules. D’autres produits intègrent la curcumine à l’état fragmenté en particules microscopiques, de façon à augmenter son absorption. D’autres encore contiennent un complexe constitué de deux ou trois composés de la même famille que la curcumine afin de la faire entrer dans les cellules.

Certes, quelques études confirment que la curcumine, lorsqu’elle est traitée selon les méthodes mentionnées ci-dessus, s’absorbe mieux qu’à elle seule. Cependant, il manque à ces produits les autres composants du curcuma qui peuvent aussi offrir des bienfaits thérapeutiques. Selon une étude, lorsque la curcumine est retirée du curcuma, celui-ci conserve des propriétés anti-inflammatoires et des avantages relatifs à la santé. Alors, qu’y a-t-il d’autre dans le curcuma pour produire cet effet?

Rhizome intégral du curcuma

L’autre forme principale de suppléments au curcuma repose sur l’utilisation du rhizome intégral, mieux connu sous le nom de « racine entière », et on retrouve quelques différences clés selon le produit.

Photo Credit: Vilb1 Flickr via Compfight cc

Les extraits normalisés du rhizome de curcuma sont des produits faits au départ avec le curcuma entier, qui voient ensuite leur concentration naturelle modifiée de façon à comporter une teneur accrue en curcumine. On ne peut pas vraiment les considérer comme des produits du rhizome intégral, puisque certains autres composants doivent en être retirés pour que la curcumine puisse être concentrée.

D’autres produits intègrent quant à eux le rhizome de curcuma entier, dont on extrait la gamme complète des composants (tant liposolubles qu’hydrosolubles) en veillant à préserver leurs proportions naturelles de façon équilibrée dans le produit final. La teneur en curcumine par portion y est souvent indiquée, pour confirmer clairement que ce composé est en fait présent en bonne quantité de façon naturelle. Parfois, on y ajoute de l’extrait de poivre noir (aussi appelé pipérine, ou BioPerine ), reconnu pour augmenter l’assimilation du curcuma par les cellules du tube digestif. Il s’avère aussi que les huiles essentielles présentes dans le curcuma jouent un rôle majeur dans son absorption.

Bref, comme en témoignent de nouvelles recherches en cours, tout semble indiquer que d’autres composants importants du curcuma aident la curcumine à se faire absorber dans le tube digestif et utiliser par nos cellules. Par conséquent, l’extrait du rhizome intégral est plus avantageux que n’importe lequel de ses composés isolés. Cela peut représenter un facteur clé lorsque vient le temps de contrer l’inflammation.

S’il y a une chose que j’ai apprise en plus de 15 ans comme phytothérapeute, c’est qu’il vaut toujours mieux privilégier une approche globale (ou « holistique »). En adoptant une approche phytothérapique axée sur les composés isolés, nous risquons de passer à côté d’autres composants importants qui peuvent aussi contribuer aux bienfaits globaux de la plante médicinale. Nous risquons également de causer des effets secondaires imprévus, dus à la perte de l’équilibre entre ses composants. En cas de doute, il suffit de regarder comment la plante a été utilisée traditionnellement pour avoir une bonne idée de l’usage qu’il est préférable d’en faire. Ce regard sur le passé nous ouvre aussi une fenêtre sur l’avenir, car il indique que la sûreté de cette plante a été établie par une utilisation depuis des temps immémoriaux. Sur ces mots, je vous souhaite à tous une joyeuse chasse au curcuma!


 

 

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Charity Parkinson Cl.H., H.N.C.

Charity is very passionate about natural medicine and has been studying in the field for almost 20 years with experience in health food retail, sales,...

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