Pleine conscience et contemplation contemporaine

Pleine conscience et contemplation contemporaine

Steph Yu

La Vancouvéroise Steph Yu est à la fois spirituelle, végétalienne, blogueuse, penseuse influente, webdiffeuse et youtubeuse, en plus d’être une as des médias sociaux et une créatrice de communautés. Cela dit, elle est avant tout une âme audacieuse et curieuse qui a soif d’apprendre et d’aimer.

 


Qui de nos jours ne cherche pas la paix intérieure, l’élévation spirituelle et le nirvana? Éprouvez-vous – du moins parfois – du stress. Je crois que bien peu d’entre nous peuvent répondre non. Comment alors cultiver une pleine conscience et une paix intérieure dans ce monde moderne? Qui d’entre nous pourrait tout laisser tomber d’un coup et s’isoler dans une grotte de l’Himalaya ou s’effacer dans un monastère? Nous avons, pour la plupart, des amis, des parents, un emploi, des factures à payer et un mode de vie qui nous tiennent à cœur (bon, on se passerait bien des factures), voire une chevelure fa-bu-leu-se à laquelle on ne veut pas renoncer. Et ça se comprend. Alors… comment faire de nos jours pour viser la pleine conscience?

 

Voyons d’abord ce qu’on entend par pleine conscience. En cherchant à trouver cet état, j’ai compris après un certain temps qu’il ne s’agit pas d’une destination à atteindre, mais plutôt d’un état d’esprit qui se trouve en soi. C’est une vision de la vie qui consiste à exister dans le présent, à chaque moment, d’observer ce que nous vivons en temps réel, le bon comme le moins bon de manière égale. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’être en extase constante ou de toujours avoir le sourire aux lèvres. La pleine conscience nous demande en fait de reconnaître tous les moments durs – tristesse, deuil, solitude, colère, etc. – afin de nous autoriser à ressentir ces états émotifs. Pour guérir, il faut ressentir; ce qu’on réprime nous abîme. Oubliez donc les sourires de façade et les JOIES DE PARADE. Il faut avancer dans la vie sans détour, avec tous les hauts et les bas qu’elle nous réserve; il faut s’observer à chaque moment et ressentir les émotions provoquées par chaque situation tout en gardant notre calme et notre équilibre intérieur, car tout finit par passer. Dites-vous que « quoi que je vive en ce moment est soumis à la loi universelle de l’impermanence des choses ».

 

J’entends déjà des voix rouspéter : « c’est bien beau tout ça, mais moi, j’ai des enfants qui crient à tue-tête, des gens qui me pressent au bureau, des examens qui ne vont pas se réussir “en les observant”. » C’est peut-être parfait en pleine forêt, avec l’air pur de la nature et comme trame sonore les oiseaux chantants et les ruisseaux ruisselants. Je vous l’accorde : dans la jungle de la vie moderne, on est souvent en mode survie. C’est sans compter ces appareils modernes censés nous faire gagner du temps, mais qui semblent nous distraire toujours un peu plus du moment, sans jamais réellement nous simplifier la vie. Faut-il pour autant se résigner à suivre nos instincts primaux toute notre vie, et réagir plutôt que de prendre les choses en mains? Doit-on abandonner et jeter l’éponge parce qu’on n’a pas le « luxe » de méditer 12 heures par jour dans une grotte au haut d’une montagne? Eh ben moi, je refuse. C’est vrai, on ne peut pas méditer toute la journée, et c’est vrai, il y a les klaxons, les pleurs de bébé et d’autres irritants. Toutefois, il existe bon nombre de façons d’intégrer la pleine conscience et la quiétude dans notre quotidien – à l’épicerie, devant la télé et même dans un bouchon de circulation. J’ai mis sur papier des façons tangibles d’apporter un peu de sérénité monastique dans votre neuf à cinq effréné.

 

Voici donc cinq conseils pour garder les pieds sur terre et pratiquer la pleine conscience durant la journée.

  1. C’est tout simple : peu importe où vous êtes, combien vous avez en banque ou quelle voiture vous conduisez, votre respiration sera toujours là pour vous. C’est un réflexe, mais je vous conseille d’apprendre à avoir conscience de votre respiration. Pensez à elle lorsque votre esprit tourne à cent à l’heure et que l’angoisse vous envahit. Concentrez-vous sur la sensation de l’air qui passe dans vos narines. Puis, prenez du recul et prêtez attention à votre corps. Est-il tendu? Détendu? Vidé? Il y a tant de stimulants pour nous énerver et d’appareils pour nous distraire que nous pouvons passer une journée sans vérifier l’état de notre corps ou de notre respiration. Et pourtant, il est important de le faire aussi souvent que possible. Par exemple, prenez une bonne respiration chaque fois que vous franchissez une porte. Fermez les yeux en étant sensible à votre souffle et tâchez d’avoir conscience de votre respiration toute la journée.
  2. Manger de façon consciente. Je suis la première à échouer sur ce point, et je tente très fort d’y parvenir. La plupart des gens ne mangent plus leur nourriture; ils l’inhalent. On mastique chaque bouchée une fois, deux dans de rares cas, et souvent sur le pouce, au bureau, au volant ou en cuisinant. Combien de matins ai-je englouti une rôtie en m’habillant tout en préparant la seconde! Et puis pouf! je me retrouve dans la rue avec le très vague souvenir d’avoir mangé. Ce n’est pas la façon la plus consciente d’amorcer la journée, disons. Alors, depuis six mois, mes repas me servent d’aide-mémoire. C’est un moyen très efficace de cultiver la pleine conscience : après tout, on mange plusieurs fois par jour, alors aussi bien faire des repas des moments sacrés. Prenez le temps de réellement vous asseoir pour manger et savourer votre repas, en vous attardant à chaque bouchée. Délectez-vous des saveurs, des sensations et des textures. Réservez-vous ce moment : non seulement cela permet à votre esprit de ralentir, de se réorganiser et de se reconcentrer, mais cela fera des merveilles pour votre digestion. N’y voyez pas une perte de temps, car à force de courir partout et sans arrêt, vous vous retrouvez l’esprit agité; et qui dit esprit agité dit esprit dissipé et moins productif. Ultimement, vous n’y gagnez donc pas, et cette course folle ne mène nulle part. Paradoxalement, en ralentissant la cadence et en prenant le temps de savourer nos pauses repas, nous finissons par gagner du temps, parce que notre esprit n’en est que plus aiguisé, créatif, égayé et mieux outillé pour gérer les aléas du quotidien. Et vraiment, n’est-ce pas ce que tout le monde souhaite?
  3. Vient maintenant ce que j’ai baptisé le phénomène « et toi ». Combien de fois par jour nous demande-t-on « Tu vas bien? » ou encore « Tu passes une belle journée? »? Et combien de fois répondons-nous machinalement « Oui, et toi? »? Et comme de raison, votre contrepartie connaît la chanson et ajoute « Oui, merci ». Puis, vous passez aux soi-disant choses sérieuses. Les salutations agissent en quelque sorte comme une simple formalité dont il faut se débarrasser au plus vite. Ne devrions-nous pas profiter de l’occasion pour observer notre état et notre humeur, tout en nous intéressant à l’état et à l’humeur des autres? Mon conseil : demandez-vous comment vous allez vous-même. Votre esprit est-il nerveux, inspiré, stimulé, frustré ou joyeux? Et peut-être bien que oui, ça va bien, vous passez une belle journée. Dans ce cas, chouette! Tentez de vous apercevoir de ces interactions chorégraphiées que nous répétons si souvent, et efforcez-vous de rompre avec cette habitude. Dites honnêtement comment vous vous sentez et comment se passe votre journée. Puis, quand vous demandez la même chose aux autres, démontrez une réelle volonté de connaître leur état. Il ne faut évidemment pas se mettre à talonner les gens qui ne veulent pas faire de même. Toutefois, être honnête tend à entraîner les autres à vous imiter.
  4. Quatrième conseil : calmez-vous avant de réagir. Il nous arrive de passer une journée entière sans réellement avoir le dessus sur les événements. Tout au plus, nous réagissons à ce qui s’abat sur notre passage, en subissant les situations comme un cerf-volant dans le vent. Mais nous pouvons parer ces coups de vent en nous détendant et en pensant à notre respiration. Notre respiration est un peu comme la ficelle qui peut retenir le cerf-volant, nous ramener à nous-mêmes, aux actions proactives, et loin des réactions habituelles. Notez toutefois que non-réaction ne veut pas dire inaction. Il faut agir de façon consciente, tout en faisant preuve d’indulgence envers nous-mêmes lorsque nous sommes en position de réaction à une situation, et nous observer avec un esprit calme et ouvert.  Bref, ne vous en voulez pas si vous réagissez, mais reconnaissez-le. Alors, quand vous ragez contre l’auto devant vous, hurlez après votre beau-frère à Noël, plongez dans le litre de crème glacée (comme moi), pleurez de peine d’amour, déversez à la maison vos frustrations du bureau, souvenez-vous de prendre une pause et d’arrêter le temps. Puis, allongez cette pause le plus possible, profitez-en pour relaxer et vous observer et, si vous en êtes capable, corrigez la situation en agissant avec intention.
  5. Mon dernier conseil est de pratiquer la méditation régulièrement. Si vous commencez tout juste à méditer, je vous suggère d’y aller simplement et humblement. Il s’agit après tout d’un muscle que vous n’avez jamais fait travailler auparavant. Ne vous attendez donc pas à être capable de vous lever avant l’aube, et de demeurer en position du lotus pendant deux heures. Commencez par des séances d’une minute. Et ne pensez surtout pas que votre esprit sera calme; il y aura beaucoup d’idées et de bruits, et c’est tout à fait normal, même pour une personne expérimentée. Votre esprit errera sûrement dans mille et une directions, et vos premières séances de méditation risquent même d’augmenter votre niveau de tension. Mais persévérez. Dans les premiers temps, concentrez-vous sur le simple fait de compléter la séance, et faites preuve de régularité : c’est seulement ainsi que vous finirez par vous familiariser avec l’art de ne rien faire. Une foule de techniques permettent de nous aider lorsque nous nous initions à la méditation : compter nos respirations, s’attarder aux sensations du corps, écouter des méditations guidées ou s’appuyer sur des applications comme « Headspace » et « Calm ». La méditation ne sert pas tant à subjuguer à tout prix notre esprit agité que d’avoir conscience que celui-ci est fébrile et diffus, puis de le ramener doucement et lentement à un état méditatif. Le but ultime est de pouvoir infuser notre quotidien de cette mentalité, et qu’elle influence notre façon de vivre jusque dans les tâches les plus banales. Comme le dirait Rob Bell : trouver le divin dans le quotidien. Intégrez progressivement la méditation assise à toutes les parties de votre journée, à l’épicerie et à la maison, dans un bouchon ou dans le parc… Et je le répète, c’est un ENTRAÎNEMENT.

 

Et voilà : c’était ma courte liste de conseils pour que la pleine conscience trouve sa place dans votre vie effrénée d’aujourd’hui. J’espère qu’ils apporteront un soupçon de sérénité à votre vie, et n’oubliez jamais que leur objectif ultime n’est pas de vous faire atteindre la perfection, mais de vous aider à aimer votre vie. Alors, essayez-les et ne vous prenez pas – ni la vie – trop au sérieux. Cette pratique vous accompagnera tout au long de votre existence, s’adaptant aux fluctuations de votre vie. Cette vie monastique moderne est possible, pour peu qu’on s’y applique avec persévérance, diligence et patience.

 

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