Éclaircir le mystère de la connexion entre le cerveau et l’intestin

Éclaircir le mystère de la connexion entre le cerveau et l’intestin

Dr. Negin Misaghi, ND

Nous négligeons souvent la présence de bactéries dans l’organisme alors qu’elles en sont une composante essentielle. À vrai dire, l’organisme est composé de plus de cellules bactériennes que de cellules humaines.

Ces nombreuses populations de bactéries s’introduisent dans l’organisme en longeant le tractus gastro-intestinal. Leur principale fonction est notamment de faciliter la digestion et de protéger l’organisme des maladies infectieuses et des agents pathogènes. Par ailleurs, la découverte la plus surprenante au sujet du rôle de ces bactéries intestinales est leur influence sur la santé du cerveau!

Ceux qui étudient la connexion entre le cerveau et l’intestin pratiquent actuellement des interventions qui consistent à implanter une bactérie saine dans l’organisme par transplantation fécale. Cette méthode a pour but de traiter des cas aussi graves que des maladies neurologiques (sclérose en plaques, SLA, etc.) et des troubles mentaux (TOC, dépression, anxiété, etc.). Jusqu’à présent, les résultats sont très positifs (1).

Selon ce que nous connaissons de cette méthode, serait-il possible de développer ses potentialités et de l’utiliser à titre préventif à une échelle plus rudimentaire?

Retournons en arrière un instant. Lorsque nous anticipons une situation excitante ou stressante, nous ressentons tous une sensation dans le bas ventre, semblable à une sorte de picotement. En fait, il s’agit d’une réaction physiologique qui est suscitée par le cerveau, mais qui se ressent dans l’intestin. Ainsi, le cerveau – en l’occurrence la santé mentale – influence directement le fonctionnement de l’intestin et vice et versa, notamment parce que « la majorité de la sérotonine de l’organisme est sécrétée et emmagasinée dans l’intestin » (2). En outre, des recherches révèlent que la présence de « bonnes » bactéries dans l’intestin stimule le fonctionnement du système immunitaire, protège l’intestin contre l’absorption de toxines, diminue l’inflammation, influence la satiété et équilibre la production d’hormones par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (3,4)!

Il ne serait pas exagéré d’affirmer que l’un des facteurs qui favorisent les infections chroniques dans notre société occidentale est le manque de bactéries dans l’intestin, notamment à cause de l’utilisation excessive de produits qui tuent ces bactéries et de la consommation accrue d’aliments prêts à manger. Ces deux facteurs empêchent l’introduction et la reproduction des bonnes bactéries dans l’intestin. Je m’explique. Nous avons limité l’introduction de bonnes bactéries dans l’organisme en consommant des antibiotiques et en utilisant des produits antiseptiques. De plus, la préparation des aliments traditionnels, qui requiert généralement une fermentation, a été remplacée par des processus de préfabrication d’aliments prêts à manger, lesquels ne sont pas du tout bénéfiques pour l’organisme. En effet, prenons l’exemple du pain, l’aliment de base de notre alimentation. Traditionnellement, la pâte est préparée par fermentation; on la laisse reposer toute la nuit pour permettre la reproduction de bactéries (levures), lesquelles apportent de nombreux bienfaits à l’organisme, même après leur cuisson. En revanche, à cause de l’utilisation de la levure à fermentation rapide, ces bonnes bactéries n’ont pas le temps de se reproduire, et le pain est donc faible en nutriments (5,6). Étonnamment, les bactéries « mortes » sont aussi bénéfiques pour la santé que les « vivantes »; elles favoriseraient le bon fonctionnement du système immunitaire (5).

Pour ceux qui n’ont pas besoin de transplantation fécale ou qui n’ont pas accès à ce genre de traitement, voici cinq pratiques qui assurent un nombre suffisant de bactéries intestinales, en plus de favoriser un esprit sain dans l’optique de prévenir les maladies et d’améliorer votre santé :

  1. Mangez quotidiennement au moins une portion d’aliments fermentés (des légumes marinés tels que des cornichons à l’aneth et de la choucroute, du pain au levain fermenté, du miso, du tempeh, du kéfir ou du yogourt).
  2. Consommez des probiotiques de qualité supérieure. Renseignez-vous d’abord auprès de votre médecin; il vous dira si vous avez besoin d’en consommer et vous aidera à choisir les probiotiques qui conviennent le mieux à votre santé intestinale parmi la gamme offerte sur le marché.
  3. Assurez-vous de nourrir vos probiotiques; voyez-les comme un animal de compagnie qui a constamment besoin d’être alimenté. Les probiotiques sont appelés bactérie commensale, car ils consomment la même chose que vous. Assurez-vous de les nourrir suffisamment, sinon ils seront vite remplacés par des bactéries pathogènes. Plusieurs aliments tels que les patates douces, les avocats, les bleuets, les noix, les oignons (cuits ou crus) et les légumes crucifères comme le chou-fleur et le brocoli constituent de bonnes sources de probiotiques.
  4. Diminuez votre consommation de sucres simples et de grains raffinés et consommez plus de bons gras. Les sucres simples et les grains raffinés nourrissent les bactéries pathogènes et la levure qui provoquent des maladies; en consommer en trop grande quantité peut altérer la proportion de bonnes et de mauvaises bactéries de l’organisme. Les bons gras, comme le beurre et le ghee, l’huile d’olive, les graines de lin et de chanvre ainsi que l’huile de noix de coco favorisent un environnement propice au développement de bonnes bactéries.
  5. Trouvez les aliments qui perturbent votre santé intestinale et qui vous font souffrir d’inflammation intestinale aiguë. Éliminez-les de votre alimentation. Vous pouvez connaître ces sensibilités alimentaires grâce à un régime d’élimination alimentaire ou à un test sanguin de sensibilité alimentaire appelé IgG. Renseignez-vous auprès de votre médecin pour savoir si l’une de ces deux méthodes est à privilégier selon votre état de santé.

Cibler les troubles neurologiques à l’aide de bactéries est une possibilité que les chercheurs étudient actuellement, alors qu’ils tentent toujours de comprendre les rouages de la plus grande communauté de cellules de l’organisme! Cependant, il n’est jamais trop tôt pour appliquer ce que nous savons déjà concernant ces bactéries; laissons nos enfants jouer dans la boue, mangeons des aliments entiers et frais et faisons confiance aux pratiques éprouvées de fermentation!

 


  1. PERLMUTTER, David. « Brain Maker: the Power of Gut Microbes to Heal and Protect Your Brain – for Life », Yellow Kite, 2015.
  2. BORNSTEIN, J.C. Serotonin in the Gut: What Does It Do?, Frontiers in Neuroscience, vol. 6, doi:10.3389/fnins.2012.00016, 2012.
  3. REA, K., DINAN, TG., CRYAN, JF. « The microbiome: A key regulator of stress and neuroinflammation », Neurobiology of Stress, 2016, vol. 4, numéro 23, p. 33.
  4. DAHIYA, D. K., R., PUNIYA, M., SHANDILYA, U. K., DHEWA, T., KUMAR, N., SHUKLA, P. « Gut Microbiota Modulation and Its Relationship with Obesity Using Prebiotic Fibers and Probiotics: A Review », Frontiers in Microbiology, vol. 8, 2017.
  5. VAN BAARLEEN, P. et al. « Differential NF-kB pathways induction by Lactobacillus plantarum in the duodenum of healthy humans correlating with immune tolerance », Proc Natl Assoc Sci, 2009, 106 p. P. 2371 à 2376.
  6. BLOKSMA N, DE HEER E, VAN DIJK H, WILLERS JM. « Adjuvanticity of lactobacilli.l. Differential effects of viable and killed bacteria », Clin Exp Immunol. vol. 1979b, numéro 37,367 à 375.

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Dr. Negin Misaghi is a naturopathic doctor in London Ontario fully licensed by the College of Naturopaths of Ontario. Her practice centres around a firm...

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